PrEP prévention VIH prescription : guide complet et modalités

L’article en bref

La prophylaxie pré-exposition au VIH est accessible depuis 2021 auprès de tout médecin en France.

  • Traitement préventif efficace : association emtricitabine-ténofovir disponible en générique, entièrement prise en charge par l’Assurance Maladie, avec efficacité démontrée par les études internationales lorsque correctement suivi
  • Schémas de prise personnalisés : protocole continu quotidien pour les femmes, choix entre continu et discontinu pour les hommes cisgenres ayant des rapports anaux, ou prophylaxie injectable tous les deux mois
  • Suivi médical régulier indispensable : bilan pré-thérapeutique avec sérologie VIH et créatininémie, puis contrôles trimestriels incluant dépistages IST et surveillance de la fonction rénale
  • Populations prioritaires : hommes ayant des rapports avec des hommes, personnes transgenres, travailleurs du sexe, personnes avec partenaires multiples ou statut VIH inconnu du partenaire
  • Approche globale nécessaire : cette protection agit uniquement contre le VIH, ne remplace ni le préservatif ni les dépistages réguliers des autres infections sexuellement transmissibles

Lorsque j’accompagne mes patients sur les questions de santé sexuelle, je constate régulièrement que la prévention du VIH nécessite une approche personnalisée et accessible. Depuis le 1er juin 2021, l’accès à la prophylaxie pré-exposition s’est considérablement élargi en France, permettant à tout médecin de prescrire ce traitement préventif innovant. Cette évolution majeure répond à un enjeu de santé publique crucial dans notre stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030.

Je vous propose de découvrir dans ce guide complet comment fonctionne cette méthode de prévention, qui peut en bénéficier et selon quelles modalités vous pouvez y accéder. Vous comprendrez les différents schémas de prise disponibles ainsi que le suivi médical nécessaire pour garantir votre protection optimale.

Comprendre le fonctionnement et l’accès à cette stratégie de prévention

Les principes fondamentaux de cette prophylaxie

Je tiens d’abord à vous expliquer clairement ce qu’est la PrEP prévention VIH prescription. Il s’agit d’une méthode préventive qui consiste à prendre des médicaments antirétroviraux avant toute exposition potentielle au virus. Le traitement repose sur l’association emtricitabine 200 mg et ténofovir disoproxil fumarate 245 mg, disponible en versions génériques entièrement prises en charge par l’Assurance Maladie.

Cette approche préventive s’inscrit dans une démarche plus large que je nomme prévention diversifiée. Elle complète l’usage du préservatif, le dépistage régulier et d’autres outils sans les remplacer. Je précise systématiquement à mes patients que cette protection agit uniquement contre le VIH et ne constitue ni une contraception ni une protection contre les autres infections sexuellement transmissibles.

L’efficacité de cette stratégie a été démontrée par plusieurs études internationales majeures. L’essai ANRS-Ipergay mené en France et au Canada a notamment confirmé que, lorsque le traitement est correctement suivi, le risque de contamination devient infime. Ces résultats ont convaincu l’Organisation mondiale de la santé et la Haute Autorité de Santé d’en recommander l’utilisation.

Les modalités d’accès simplifiées depuis 2021

L’accessibilité constitue un point essentiel que je souhaite souligner. Tout médecin peut désormais initier et renouveler la prescription : médecins généralistes, gynécologues, dermatologues ou infectiologues. Vous pouvez consulter en cabinet de ville, en centre de santé, en CeGIDD ou dans un établissement hospitalier.

Pour la prise en charge financière, le médicament générique ne vous coûtera rien en pharmacie. Les consultations médicales et examens biologiques restent à votre charge habituelle, normalement couverte par votre mutuelle ou la Complémentaire santé solidaire. Si vous êtes mineur et souhaitez préserver la confidentialité, les CeGIDD assurent un accès gratuit et anonyme au traitement et au suivi.

Je travaille régulièrement avec environ 30 000 personnes qui bénéficient actuellement de ce traitement en France. Pourtant, ce chiffre reste insuffisant au regard des besoins réels. La chute de 10 % du dépistage VIH en 2020 et la baisse du recours à cette prévention durant la pandémie ont motivé l’ouverture de la prescription à tous les médecins.

Les populations particulièrement concernées par cette indication

Dans ma pratique quotidienne chez integration-rubis.fr, j’informe systématiquement les personnes exposées à un risque avéré qu’elles peuvent bénéficier de cette protection. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les personnes transgenres et bisexuelles constituent des groupes particulièrement concernés.

Les personnes hétérosexuelles présentant certains facteurs d’exposition sont également éligibles : partenaires multiples, travailleurs du sexe, partenaire de statut VIH inconnu ou non contrôlé, antécédents d’autres infections sexuellement transmissibles. Les femmes enceintes exposées ou victimes de violences sexuelles peuvent aussi y accéder. Pour mieux comprendre comment fonctionne le traitement préventif contre les MST, je vous invite à consulter notre guide dédié.

Population Facteurs d’exposition Schéma recommandé
Hommes cisgenres HSH Rapports anaux non protégés Continu ou discontinu
Femmes cisgenres Partenaires multiples ou statut VIH inconnu Continu uniquement
Personnes transgenres Vulnérabilités cumulées Selon type de rapports
Usagers de drogues Partage de matériel d’injection Continu

Les modalités de prescription et de suivi médical

Le bilan pré-thérapeutique indispensable

Avant toute initiation, je réalise systématiquement un bilan complet pour garantir votre sécurité. La sérologie VIH de moins de 15 jours et le dosage de la créatininémie avec clairance CKD-EPI sont obligatoires. Ces examens permettent de s’assurer que vous n’êtes pas déjà infecté et que votre fonction rénale supporte le traitement.

J’ajoute selon votre situation des sérologies hépatites A, B et C, un dépistage de la syphilis, ainsi que des prélèvements pharyngés, rectaux et vaginaux pour rechercher gonocoque et Chlamydia. Ces analyses constituent la base d’un suivi santé sexuelle global que je propose à tous mes patients. Le rattrapage vaccinal contre l’hépatite B et le papillomavirus pour les HSH jusqu’à 26 ans fait partie intégrante de cette prise en charge.

En cas de doute sur une primo-infection, la quantification de la charge virale permet une détection précoce. Cette précaution devient systématique avant l’initiation d’une prophylaxie injectable par cabotégravir action prolongée, alternative disponible en deuxième intention.

Les différents schémas de prise adaptés à votre situation

Je personnalise systématiquement le schéma de prise selon votre profil et votre vie sexuelle. Pour les femmes cisgenres et transgenres, le schéma continu reste la seule option validée : un comprimé quotidien à heure fixe pendant le repas. Je recommande d’attendre sept jours de prise avant le premier rapport sexuel à protéger pour garantir l’efficacité optimale.

Les hommes cisgenres disposent d’une flexibilité supplémentaire. Le schéma continu débute par une dose de charge de deux comprimés entre 2 et 24 heures avant le rapport, puis un comprimé quotidien. Le schéma discontinu, utilisé hors AMM, s’adresse uniquement aux hommes cisgenres ayant des rapports anaux exclusifs sans hépatite B active.

Voici le protocole discontinu que j’explique régulièrement :

  1. Deux comprimés en une prise entre 2 et 24 heures avant le rapport (H0)
  2. Un comprimé 24 heures après la double prise (± 2 heures)
  3. Un comprimé 48 heures après la double prise (± 2 heures)
  4. En cas de rapports répétés, poursuivre un comprimé quotidien jusqu’à deux jours après le dernier rapport

La prophylaxie injectable par cabotégravir représente une innovation majeure que je propose notamment aux personnes ayant des difficultés d’observance. Ce traitement nécessite deux injections intramusculaires à un mois d’intervalle puis tous les deux mois. Pour découvrir comment prévenir une MST après un rapport sexuel, consultez notre guide complet.

Le suivi biologique régulier pour votre sécurité

J’insiste particulièrement sur l’importance du suivi médical régulier. À un mois, je contrôle votre sérologie VIH, créatininémie et clairance rénale. À quatre mois, j’ajoute le dépistage des infections sexuellement transmissibles et le dosage des ALAT. Ce rythme garantit une surveillance adaptée de votre fonction rénale selon votre clairance de départ.

Les consultations trimestrielles comportent systématiquement la sérologie VIH et syphilis, le dépistage IST sur prélèvements multiples, ainsi que les dosages ALAT et phosphore. Annuellement, j’effectue la sérologie hépatite C, davantage fréquemment si vous pratiquez le chemsex ou l’injection de drogues. Cette rigueur dans le suivi permet de détecter précocement toute infection incidente.

Pour les personnes sous traitement injectable, je propose un suivi renforcé avec charge virale VIH systématique jusqu’à la cinquième injection puis tous les quatre mois. Cette surveillance spécifique répond aux particularités pharmacologiques de cette forme galénique innovante. L’approche globale du traitement préventif contre les MST intègre tous ces aspects de surveillance.

Situations particulières et considérations spécifiques

Les contre-indications absolues à connaître

Je ne prescris jamais cette prophylaxie dans certaines situations précises. Une sérologie VIH positive ou un statut VIH inconnu constitue une contre-indication formelle. La suspicion de primo-infection nécessite une quantification de la charge virale avant toute initiation. L’insuffisance rénale avec un débit de filtration glomérulaire inférieur à 50 mL/min/1,73m² contre-indique l’association ténofovir-emtricitabine.

Dans ces derniers cas, j’oriente vers la prophylaxie injectable par cabotégravir qui peut être prescrite même en cas d’insuffisance rénale sévère. L’hépatite B active contre-indique uniquement le schéma discontinu, car les fluctuations de traitement risqueraient de sélectionner des virus résistants.

La grossesse, l’allaitement et les personnes mineures

Je rassure systématiquement mes patientes enceintes : la grossesse représente une période à risque accru d’infection VIH en cas d’exposition, mais n’est absolument pas une contre-indication. Le schéma continu s’applique normalement et peut se poursuivre pendant l’allaitement sans surveillance spécifique de l’enfant. La prophylaxie injectable constitue également une alternative sûre durant l’allaitement.

Pour les adolescents de plus de 15 ans, l’accès au traitement est possible. L’AMM française autorise l’utilisation dès 12 ans. Le problème majeur reste la confidentialité vis-à-vis des parents, résolu uniquement en CeGIDD où le traitement et le suivi restent gratuits et anonymes. Je m’assure systématiquement que le mineur consent librement à sa sexualité et ne subit aucune violence.

Transidentité et vulnérabilités cumulées

Les personnes transgenres nécessitent une attention particulière dans ma pratique. Celles ayant des rapports anaux exclusifs peuvent choisir entre schéma continu ou discontinu. Les personnes transgenres avec rapports vaginaux doivent impérativement utiliser le schéma continu. Les femmes transgenres sous traitement hormonal féminisant privilégient également ce schéma compte tenu des interactions potentielles.

La prophylaxie injectable représente souvent une option pertinente pour cette population en raison des vulnérabilités cumulées. Je travaille étroitement avec les associations communautaires pour faciliter l’accès et lutter contre la stigmatisation, frein majeur à l’initiation et au maintien du traitement.

Votre parcours vers une protection optimale

Je constate quotidiennement que la décision d’utiliser cette prophylaxie s’inscrit dans une démarche personnelle d’autonomisation face aux risques sexuels. Choisir cette protection, comme opter pour le préservatif ou d’autres outils, relève de votre décision individuelle. L’essentiel réside dans l’identification de la stratégie préventive qui vous convient et contribue à votre épanouissement sexuel.

L’objectif fixé dans la stratégie nationale de santé sexuelle vise 95 % de dépistage, 95 % de traitement et 95 % de charge virale supprimée pour en finir avec l’épidémie du sida d’ici 2030. Avec environ 30 000 personnes actuellement sous traitement préventif, nous devons considérablement intensifier nos efforts collectifs. Seulement 28 % des HSH séronégatifs l’utilisent lors de rapports occasionnels.

Je vous encourage vivement à consulter un professionnel de santé pour évaluer votre situation personnelle. Des ressources d’accompagnement existent via les sites Sexosafe et Sida Info Service, ainsi que des applications facilitant l’observance comme My PrEP. La formation spécifique FormaPrEP permet aux médecins de maîtriser tous les aspects de cette prescription innovante.

N’oubliez jamais que cette protection doit s’intégrer dans une approche globale de santé sexuelle incluant dépistages réguliers, vaccination contre certaines infections, et usage concomitant du préservatif pour vous protéger des autres IST. Votre épanouissement sexuel mérite une protection complète et adaptée à votre vie.

Sources externes :
– https://www.has-sante.fr/
– https://www.sida-info-service.org/

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