L’article en bref
Les Instituts Médico-Éducatifs accueillent 74 700 enfants handicapés en France dans un cadre médico-social structuré et spécialisé.
- Missions principales : accompagnement global incluant soins, scolarisation adaptée, développement de l’autonomie et soutien aux familles via un Projet Individuel d’Accompagnement
- Profils accueillis : enfants et adolescents de 3 à 20 ans présentant une déficience intellectuelle et troubles associés, orientés par la MDPH
- Fonctionnement quotidien : unités d’enseignement, ateliers éducatifs et soins thérapeutiques encadrés par 46 000 professionnels
- Transitions professionnelles : 40 % rejoignent un ESAT, 25 % un établissement spécialisé, seulement 12 % accèdent au milieu ordinaire
- Enjeux critiques : 11 000 enfants en attente de place, droit à l’éducation insuffisamment respecté avec 27 % sans scolarisation en 2023
En France, 74 700 places réparties dans 1 380 établissements accueillent des enfants et adolescents en situation de handicap intellectuel. Ces structures, que l’on appelle les IME, représentent à elles seules 64 % des capacités d’accueil dédiées aux jeunes handicapés dans notre pays. Travailler dans le domaine de l’accompagnement médico-éducatif m’a permis de mesurer à quel point ces institutions soulèvent des questions essentielles — sur leur fonctionnement, leur accès, et les droits des personnes qu’elles accueillent. Voici ce que vous devez savoir.
Qu’est-ce qu’un IME : définition et missions fondamentales
Un Institut Médico-Éducatif est un établissement médico-social français qui accueille des enfants et des adolescents âgés de 3 à 20 ans, présentant une déficience intellectuelle, qu’elle soit légère, moyenne ou profonde. Ces structures peuvent également accompagner des troubles associés : troubles de la personnalité, troubles moteurs, sensoriels, ou encore des troubles graves de la communication. Certains établissements se spécialisent dans un type de trouble précis, comme l’autisme.
Sous l’acronyme IME se regroupent plusieurs types de structures. Les Instituts Médico-Pédagogiques (IMP) et les Externats Médico-Pédagogiques (EMP) accueillent les enfants de 3 à 14 ans. Pour les adolescents de 14 à 20 ans, ce sont les Instituts médico-professionnels (IMPro), les Sections d’Initiation et de Première Formation Professionnelle (SIPFP) ou les Centres médico-professionnels (CMPro) qui prennent le relais.
La mission centrale d’un IME est de proposer un accompagnement global. Cela inclut les soins médicaux et rééducatifs, la scolarisation adaptée, le développement de l’autonomie et de la socialisation, ainsi qu’un soutien actif aux familles. Chaque jeune bénéficie d’un Projet Individuel d’Accompagnement (PIA) et d’un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS), deux documents qui coordonnent les interventions pédagogiques, éducatives et thérapeutiques. L’objectif final : favoriser l’intégration dans les différents domaines de la vie, selon les capacités de chacun.
Qui peut être accueilli en IME ?
L’orientation vers un IME est proposée par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), puis validée par une notification de la Commission des Droits et de l’Autonomie des personnes handicapées (CDAPH). Deux grandes vagues d’orientation se produisent à 6 ans, puis à 11 ans — deux moments clés dans les transitions scolaires.
D’après l’enquête de Bénédicte Marabet publiée en 2016, les profils sont très hétérogènes — 63 % de garçons pour 37 % de filles, et 10 % des jeunes présents ne présentaient aucun handicap intellectuel diagnostiqué. Les grands adolescents et jeunes majeurs représentaient 43 % des résidents en 2010, contre 38 % en 2001.
Que deviennent les jeunes après leur parcours en IME ?
À la sortie, selon cette même enquête, 40 % des jeunes rejoignent un Établissement et Service d’Accompagnement par le Travail (ESAT), 25 % intègrent un Foyer d’Accueil Médicalisé (FAM), une Maison d’Accueil Spécialisée (MAS) ou un Foyer occupationnel. Seulement 12 % tentent une formation ou un emploi en milieu ordinaire, et 10 % se retrouvent sans activité.
| Destination après l’IME | Proportion |
|---|---|
| ESAT | 40 % |
| FAM, MAS ou Foyer occupationnel | 25 % |
| Milieu ordinaire (formation/emploi) | 12 % |
| Sans activité | 10 % |
Comment fonctionne un IME au quotidien
L’emploi du temps des résidents s’articule autour de trois grands axes — les unités d’enseignement animées par des enseignants spécialisés titulaires du CAPA-SH option D, les ateliers éducatifs encadrés par des éducateurs spécialisés, et les soins thérapeutiques individualisés (psychomotricité, orthophonie, kinésithérapie, musicothérapie…). Pour les 14-20 ans, des ateliers de formation professionnelle préparent soit à un parcours classique, soit à un milieu protégé.
Les IME emploient une grande diversité de professionnels :
- Éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, accompagnants éducatifs et sociaux (AES)
- Psychologues, psychomotriciens, orthophonistes, ergothérapeutes
- Infirmiers, aides soignants, médecins
- Assistants sociaux, conseillers en économie sociale et familiale (CESF)
- Enseignants spécialisés et enseignants en activités physiques adaptées (EAPA)
En 2018, ce secteur mobilisait 46 000 équivalents temps plein, pour une dotation publique d’environ 3,5 milliards d’euros, intégralement financée par la Sécurité Sociale. Le transport est pris en charge via la Prestation de Compensation du Handicap (PCH). 71 % des enfants sont accueillis en externat — une réalité que l’on tend à oublier quand on imagine ces structures uniquement sous forme d’internat.
Le droit à l’éducation — un droit régulièrement bafoué
Tous les enfants de moins de 16 ans ont l’obligation scolaire, même en IME. Pourtant, en 2021, l’Unapei dénonçait un temps scolaire moyen de seulement 6 heures par semaine, contre 12 recommandées. En 2023, 27 % des enfants accueillis ne bénéficiaient d’aucune heure de scolarisation. Le droit à l’éducation n’était pas respecté dans environ un quart des cas en 2022. Ces chiffres sont alarmants — et peu connus du grand public.
Les enjeux actuels et les limites du système
En janvier 2023, 11 000 mineurs étaient en attente d’une place dans un IME. Les délais entre la décision de la MDPH et l’admission effective peuvent dépasser un an. La capacité moyenne est de 50 places pour 10 000 jeunes par département, mais cette répartition est profondément inégale selon les territoires.
Face à ces tensions, des réformes sont en cours. Depuis 2016, certains IME évoluent vers des Dispositifs d’Accompagnement Médico-Éducatif (DAME) ou des Dispositifs Intégrés Médico-Éducatifs (DIME), plus ouverts sur le milieu ordinaire. Environ 15 % des IME étaient organisés en dispositifs intégrés fin 2025. L’objectif annoncé — ouvrir 100 IME au sein d’écoles ordinaires avant 2027, dans une logique d’école inclusive portée notamment par la loi du 11 février 2005.
Pour autant, la rapporteuse de l’ONU Catalina Devandas-Aguilar a recommandé dès 2017 la fermeture de tous les IME, les qualifiant de structures ségrégatives. Une position jugée radicale par des associations comme l’Unapei ou le Groupe Polyhandicap France. En novembre 2022, le ministre de l’éducation Pap Ndiaye a lui-même déclaré au Sénat que tous les enfants ne pouvaient être scolarisés en milieu ordinaire — ouvrant un débat toujours vif aujourd’hui sur la place réelle de ces établissements dans notre système éducatif et médico-social.
Sources externes consultées :
— Vie-publique.fr, rapport sur les IME, février 2026
— Unapei.org, enquête sur la scolarisation en IME, 2023