L’article en bref
Le baluchonnage aidant est un dispositif de répit permettant aux aidants familiaux épuisés de prendre enfin du repos.
- Un professionnel qualifié s’installe au domicile 2 à 6 jours consécutifs, 24 heures sur 24, pour assurer toutes les tâches de l’aidant.
- Pérennisé par la loi du 15 novembre 2024, le dispositif était expérimental depuis 2019 et strictement encadré : maximum 94 jours par an.
- Les personnes aidées sont principalement dépendantes par l’âge (53%) ou la maladie ; 90% des aidants accompagnent un membre de la famille.
- Le baluchonneur doit justifier d’un diplôme de niveau 3 et au moins un an d’expérience auprès de personnes vulnérables.
- Le coût moyen oscille entre 2 000 et 2 500 euros pour trois jours, mais le reste à charge est limité grâce à l’APA, la PCH et autres aides.
En France, entre 9 et 11 millions de personnes assument au quotidien le rôle d’aidant familial. Parmi eux, 58% travaillent encore, et un sur six consacre plus de 20 heures par semaine à accompagner un proche. Face à cette réalité épuisante, le baluchonnage aidant représente une réponse concrète, humaine et aujourd’hui reconnue par la loi.
Qu’est-ce qu’un baluchonnage aidant : définition et origine
Un dispositif né au Québec en 1999
Le baluchonnage tire son nom du mot « baluchon », ce sac que l’on remplit de quelques affaires avant de partir. L’idée est simple : un professionnel pose ses bagages chez la personne aidée pour prendre le relais, le temps que l’aidant souffleenfin. Ce dispositif a été imaginé en 1999 par Marie Gendron, infirmière et chercheuse en gérontologie québécoise, pour soutenir les proches de personnes atteintes d’Alzheimer. L’association Baluchon France l’a ensuite adapté au contexte hexagonal, en l’élargissant à toutes les pathologies.
En France, le terme « relayage » ou « répit de longue durée » est souvent préféré à baluchonnage, mais les deux désignent exactement la même chose. Le mot baluchonnage est d’ailleurs une marque déposée au Québec.
Comment fonctionne concrètement ce répit à domicile
Le principe : un professionnel qualifié, appelé baluchonneur, s’installe au domicile de la personne aidée pendant 2 à 6 jours consécutifs, 24 heures sur 24. Il prend en charge toutes les tâches habituellement assurées par l’aidant : préparation des repas, aide à la toilette, entretien du logement, présence la nuit.
Ce professionnel ne remplace pas les intervenants déjà en place. L’infirmière continue ses passages, le kinésithérapeute aussi. Les visites des proches, y compris des petits-enfants, restent inchangées. La personne aidée conserve intégralement ses repères, ce qui est particulièrement significatif pour les personnes présentant des troubles cognitifs.
La mise en place suit quatre étapes précises :
- Une visite d’évaluation par un coordinateur, qui vérifie l’éligibilité et les conditions de sécurité.
- Une rencontre préparatoire, au plus tard une semaine avant l’intervention, entre la personne aidée et le baluchonneur.
- La signature d’une convention entre le service, l’aidant et la personne aidée, détaillant missions, horaires et tarifs.
- Le jour J, une transition d’au moins trois heures est organisée avant que l’aidant ne parte.
Selon le cahier des charges, la préparation de chaque intervention dure environ deux mois. Rien n’est laissé au hasard.
Un cadre légal dérogatoire mais strictement encadré
Le droit du travail français interdit normalement de faire travailler un salarié plus de 13 heures d’affilée. Le baluchonnage déroge à cette règle. Depuis la loi ASV de 2019, une expérimentation a été autorisée. Elle devait s’achever en décembre 2023, mais elle a été prolongée jusqu’au 31 décembre 2024, faute de bilan établi. La loi du 15 novembre 2024, suivie du décret du 19 août 2025, a finalement pérennisé le dispositif sous l’appellation officielle de prestation de suppléance à domicile.
Un baluchonneur peut désormais travailler jusqu’à 6 jours consécutifs, dans la limite de 94 jours par an. Les temps de repos non pris (11 heures par jour et 20 minutes toutes les 6 heures) sont compensés après la mission. Le volontariat est fondamental : aucun salarié ne peut être contraint d’accepter une mission, et un refus ne peut jamais entraîner de sanction disciplinaire.
Qui peut bénéficier du baluchonnage et comment y accéder
Les profils éligibles à ce dispositif de répit
Ce service cible les situations les plus lourdes. Pour accompagner un adulte handicapé ou une personne âgée dépendante à domicile, l’aidant doit assurer une présence constante. C’est précisément à ces aidants « captifs » que le baluchonnage s’adresse, ceux pour qui les solutions de relayage classiques ne fonctionnent plus.
Les personnes aidées sont en majorité dépendantes en raison de la vieillesse (53%), de la maladie (36%) ou d’un handicap (23%). 54% des aidants sont des femmes, et 90% accompagnent un membre direct de leur famille. Un quart d’entre eux ne parvient pas à prendre le moindre répit. Les conséquences sont sévères : douleurs chroniques, troubles du sommeil, dépression, et parfois le décès de l’aidant avant celui de la personne aidée.
Durant l’expérimentation, 30 services d’aide et d’accompagnement à domicile ont participé, dont 16 adhérents à Baluchon France. Ensemble, ils ont réalisé 518 baluchonnages, d’une durée moyenne de 4 jours.
Les professionnels qui assurent ces interventions
Le baluchonneur n’est pas un intervenant ordinaire. Il doit disposer d’un diplôme de niveau 3 minimum dans le secteur sanitaire, médico-social ou social, et justifier d’au moins un an d’expérience professionnelle auprès de personnes âgées, malades ou en situation de handicap. En pratique, les profils sont variés : auxiliaires de vie, aides-soignants, infirmiers. Ces professionnels cumulent en moyenne 17 ans d’expérience dans l’aide à domicile.
Coordinateurs et baluchonneurs suivent une formation spécifique de trois jours, incluant la gestion du stress et des mises en situation concrètes. Durant chaque mission, le coordinateur assure un suivi téléphonique quotidien, disponible 24 heures sur 24. Si le baluchonneur n’a pas pu dormir, une auxiliaire de vie peut intervenir quelques heures pour lui permettre de récupérer.
Financer un baluchonnage : aides et reste à charge
Le coût d’une prestation oscille entre 110 et 620 euros par jour selon les besoins, soit un coût global moyen de 650 à 750 euros par jour, et plus de 2 000 euros pour trois jours. Pourtant, le reste à charge moyen était de 75 euros par jour en 2022, grâce à plusieurs dispositifs de soutien.
| Aide financière | Bénéficiaires | Montant ou taux |
|---|---|---|
| APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) | 60 ans et plus, GIR 1 à 4 | 762,87 € à 1 955,60 €/mois |
| PCH (Prestation de Compensation du Handicap) | Moins de 60 ans principalement | 80 à 100 % des montants limites |
| AG2R (caisse de retraite) | Personnes affiliées | 2 000 € par baluchonnage |
| Droit au répit (loi 2015) | Aidants éligibles | 550 €/an |
D’autres soutiens peuvent s’ajouter : caisse de retraite complémentaire, mutuelle, conseil départemental, commune. Pour mieux comprendre vos droits, consultez notre page dédiée au dédommagement aidant familial et à ses modalités.
Vers une reconnaissance durable du répit des aidants
La pérennisation du baluchonnage aidant par la loi du 15 novembre 2024 marque une étape réelle. Mais sans financement national garanti, le dispositif reste fragile. L’idéal avancé par les professionnels du secteur : permettre à chaque aidant concerné de bénéficier de 12 jours de répit par an, répartis en deux ou trois périodes.
Des discussions sont en cours avec l’Agirc-Arrco, la caisse des militaires, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie et les Agences régionales de santé. L’INRS préconise également de renforcer les critères de recrutement et de mieux protéger les coordinateurs, aujourd’hui peu couverts par les dispositifs de prévention. Si vous êtes aidant ou professionnel du secteur, se renseigner dès maintenant auprès d’un service agréé reste la démarche la plus concrète pour anticiper et organiser un vrai temps de respiration.
Sources externes consultées :
- Baluchon France, association nationale de référence sur le dispositif de relayage
- INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), expertise en santé et sécurité des travailleurs de l’aide à domicile