L’article en bref
La Langue des Signes Française est une langue visuelle complète, reconnue officiellement depuis 2005, structurée par ses propres règles grammaticales et spatiales.
- Une langue à part entière : dotée de sa propre syntaxe, vocabulaire et grammaire, fonctionnant selon la structure Temps-Lieu-Sujet-Action
- Cinq paramètres essentiels : configuration de la main, orientation, mouvement, emplacement spatial et expressions du visage
- Histoire mouvementée : reconnue en 1712 par l’abbé de l’Épée, interdite en 1880, puis réhabilitée depuis les années 1980
- Formation accessible : licences universitaires, ressources en ligne et cours avec enseignants Sourds recommandés
- Au-delà de la langue : la LSF s’inscrit dans une démarche globale d’accessibilité et d’inclusion
Six millions de personnes sont sourdes en France, dont 500 000 avec une surdité sévère à profonde. Pourtant, seules 283 000 d’entre elles utilisent la Langue des Signes Française au quotidien. Ce décalage soulève une question fondamentale : qu’est-ce que la méthode LSF langue des signes, et pourquoi reste-t-elle si méconnue du grand public ? Je m’appelle Maxime, et je travaille chez Intégration Rubis sur les questions d’inclusion et d’accessibilité. Ce guide vous donne les clés pour comprendre cette langue, son histoire et ses spécificités.
La LSF, une langue à part entière avec sa propre grammaire
Contrairement à une idée reçue tenace, la LSF n’est pas une version gestuelle du français. C’est une langue visuelle complète, dotée de sa propre syntaxe, de son propre vocabulaire et de ses propres règles grammaticales. La Loi n°2005-102, adoptée le 11 février 2005, l’a officiellement reconnue comme langue à part entière par le Sénat français.
La différence la plus frappante avec le français porte sur la structure des phrases. Là où le français suit un ordre Sujet-Verbe-Complément, la LSF fonctionne selon la structure Temps-Lieu-Sujet-Action. Concrètement, pour dire « demain j’irai à Paris », un signeur commencera par situer le moment dans le temps, puis le lieu, avant d’introduire le sujet et l’action. Cette logique spatiale est au cœur du fonctionnement de la langue.
L’espace autour du corps du locuteur n’est pas décoratif : il structure le discours. La ligne temporelle est perpendiculaire au corps, avec le passé dans le dos, le présent au niveau du torse et le futur devant soi. Cette dimension spatiale permet de situer simultanément les informations temporelles et géographiques, ce qu’aucune langue orale ne fait de la même manière.
Les cinq variables qui composent chaque signe
Chaque signe en LSF se définit par cinq paramètres précis : la configuration de la main et des doigts, l’orientation de la paume, le mouvement effectué, l’emplacement dans l’espace, et enfin l’expression du visage. Ce dernier point est souvent sous-estimé par les débutants. Signer avec un visage neutre revient à parler sans intonation : l’interlocuteur perd des nuances essentielles, des questions rhétoriques aux états émotionnels.
Les signes se répartissent en trois grandes familles : les signes iconiques (qui miment ce qu’ils représentent), ceux inspirés du français via l’alphabet dactylologique, et les signes inventés sur des critères purement iconiques. L’alphabet dactylologique, inspiré de l’alphabet latin, reste peu utilisé en conversation courante. Il sert surtout à épeler un prénom ou un mot inconnu.
LSF et autres langues des signes : des systèmes distincts
La LSF n’est pas universelle. Les États-Unis et le Canada anglophone utilisent l’ASL (American Sign Language), la Belgique la LSB, l’Allemagne la DGS. Il existe presque autant de langues des signes que de pays, et des dialectes régionaux subsistent même en France, comme à Marseille ou à Nancy. Ce pluralisme linguistique est souvent une surprise pour les entendants qui imaginent une langue des signes mondiale unifiée.
Histoire et reconnaissance officielle de la langue des signes française
L’histoire de la LSF débute véritablement en 1712, lorsque Charles-Michel de l’Épée, abbé janséniste, observe deux jumelles sourdes communiquer par des signes dans Paris. Frappé par l’existence de cette langue naturelle, il consacre sa vie à l’éducation des sourds, en ouvrant d’abord des cours chez lui avant de fonder la première école gratuite pour enfants sourds. Son modèle sera ensuite exporté en Amérique par ses disciples.
Le tournant dramatique arrive avec le Congrès de Milan en 1880. Sur 255 représentants réunis, seuls 3 étaient sourds. La majorité a imposé la technique oraliste, interdisant la LSF dans les instituts éducatifs pendant près de 100 ans. Cette période, souvent désignée comme le « siècle de l’oppression », a profondément appauvri la langue et isolé la communauté sourde.
Le renouveau arrive dans les années 1980 avec le Réveil Sourd. Des chercheurs comme William Stokoe, Christian Cuxac et Bernard Mottez publient les premières études linguistiques sérieuses sur la LSF. L’International Visual Theatre (IVT) ouvre à Paris comme espace bilingue d’échange entre sourds et entendants. L’association 2 langues pour une Éducation (2LPE) propose des formations pour les proches d’enfants sourds.
Dans les années 1990, la comédienne sourde Emmanuelle Laborit obtient le Molière de la révélation théâtrale en 1993 pour la pièce Les Enfants du silence, la même année que la sortie du documentaire Le pays des sourds de Nicolas Philibert. Ces deux œuvres ont largement contribué à faire connaître la culture sourde au grand public.
La LSF et les utilisateurs de la communauté sourde
Le terme « Sourd » avec un S majuscule désigne quiconque s’implique dans la culture sourde et en partage les valeurs, indépendamment de son degré de surdité. Les CODAs (Children of Deaf Adults), enfants entendants de parents Sourds, font pleinement partie de cette communauté. La LSF peut aussi être enseignée aux jeunes enfants entendants et à toute personne non verbale cherchant un accès à la communication.
| Événement | Date | Impact |
|---|---|---|
| Observation de l’abbé de l’Épée | 1712 | Naissance de l’éducation des sourds en France |
| Congrès de Milan | 1880 | Interdiction de la LSF pendant 100 ans |
| Molière d’Emmanuelle Laborit | 1993 | Visibilité nationale de la culture sourde |
| Adoption de la Loi n°2005-102 | 11 fév. 2005 | Reconnaissance officielle de la LSF |
| LSF option au Bac | 2008 | Intégration scolaire de la langue |
Se former à la LSF : ressources, parcours et débouchés professionnels
Apprendre la LSF seul produit des constats aléatoires. C’est une langue sociale et expressive qui demande un vrai laisser-aller. La meilleure approche reste de pratiquer avec des personnes qui signent, idéalement dans des cours animés par des enseignants Sourds favorisant l’échange actif. Sur le plan de l’inclusion professionnelle, maîtriser la LSF ouvre des portes concrètes dans de nombreux secteurs au contact du public sourd, ce qui mérite d’être pris au sérieux dès le choix de la formation.
Pour les parcours universitaires, la Licence Sciences du Langage parcours LSF à l’Université de Lille dure 3 ans organisés sur 6 semestres de 12 semaines chacun, avec environ 20 heures de cours hebdomadaires et 180 crédits ECTS à obtenir. Les admissions se font sur Parcoursup de mi-janvier à mi-mars. D’autres universités comme Paris 8, Toulouse, Rouen et Paris 3 proposent des Masters en interprétation LSF/Français. Depuis 2010, il est possible de passer le CAPES de LSF.
Les ressources pour débuter sont nombreuses. En voici quelques-unes reconnues par la communauté :
- Aymeline LSF : chaîne YouTube tenue par une enseignante malentendante, idéale pour les débutants
- Signes&Vous : chaîne YouTube d’un enseignant entendant avec 40 vidéos sur des questions techniques
- Sematos et Elix : dictionnaires bilingues français/LSF en ligne, Elix étant le plus récent et ergonomique
- Signes de Sens : jeu de société pour apprendre les bases (émotions, animaux, quotidien)
Accompagner les personnes sourdes au-delà de la langue
Savoir signer ne suffit pas toujours. Accompagner un adulte handicapé nécessite aussi une compréhension des besoins spécifiques, des démarches administratives et des dynamiques relationnelles propres à chaque situation. La LSF est un outil puissant, mais elle s’inscrit dans une approche plus large d’accessibilité et de respect des personnes concernées.
Un Français sur cinq est porteur d’un handicap, souvent invisible. Cette réalité rappelle que la langue des signes n’est pas réservée aux professionnels de la surdité : elle concerne potentiellement chacun d’entre nous, que ce soit dans notre entourage familial, notre cadre professionnel ou notre vie quotidienne. L’apprentissage de la méthode LSF est donc bien plus qu’une curiosité linguistique.
Sources externes : Université de Lille, portail officiel de la Licence Sciences du Langage parcours LSF ; Sénat français, dossier législatif de la Loi n°2005-102 du 11 février 2005.